Questions-réponses avec Daniel Klier, PDG de PUR : Pourquoi les solutions fondées sur la nature passent du statut d’option à celui d’infrastructure climatique dans laquelle il est possible d’investir
Suite à sa participation à la conférence mondiale du Milken Institute à Los Angeles (« Marchés du carbone : l’argent à l’œuvre »), Daniel Klier, PDG de PUR, s’est entretenu avec nous pour partager ses conclusions sur l’évolution des marchés du carbone et expliquer pourquoi les solutions naturelles à haute intégrité (NbS) sont de plus en plus considérées par les investisseurs.
Fort d’une expérience dans le domaine de la finance durable et des marchés climatiques, Daniel explique pourquoi les exigences de conformité font évoluer le débat, comment l’insetting devient un impératif de résilience pour les chaînes d’approvisionnement mondiales et ce qu’il faudra pour développer un marché qui souffre encore de fragmentation et d’un sous-financement du développement de projets.
Quel était le message principal que vous souhaitiez faire passer lors du débat sur Milken ?
Les solutions fondées sur la nature ne sont plus une initiative marginale en matière de développement durable ; elles s’intègrent désormais pleinement aux stratégies climatiques et commerciales courantes. On constate une reconnaissance croissante du fait que des projets bien conçus peuvent générer simultanément de multiples formes de valeur : atténuation et réduction des émissions de gaz à effet de serre, préservation de la biodiversité et des ressources en eau, et – surtout – renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement et soutien aux moyens de subsistance des agriculteurs.
Pour de nombreuses entreprises, le risque climatique est devenu un risque commercial. Dans des secteurs comme le café et le cacao, la hausse des températures, le stress hydrique et la dégradation des sols menacent directement la productivité et la sécurité d’approvisionnement. Cela change la donne. Ce qui a commencé comme des « programmes carbone » se transforme progressivement en programmes de résilience, car la protection des écosystèmes et le soutien aux agriculteurs sont essentiels pour garantir un approvisionnement durable.
Les marchés du carbone peuvent paraître complexes. Comment les expliquer simplement ?
Cela permet de distinguer deux choses.
Premièrement, il existe des marchés basés sur des quotas (comme les systèmes d’échange de quotas d’émission), où les entreprises achètent des quotas pour se conformer aux plafonds.
Deuxièmement, il existe des marchés de projets, où les entreprises financent des projets générateurs de crédits. Au sein de ces marchés, on distingue alors :
- Des marchés volontaires, où les entreprises achètent des crédits pour compléter leurs efforts de décarbonation ; et
- Des marchés axés sur la conformité, où les crédits sont utilisés conformément aux règles réglementaires et où la demande est structurellement ancrée.
Les marchés axés sur la conformité peuvent prendre différentes formes : un mécanisme mondial (tel que celui qui se développe en vertu de l‘article 6), un système sectoriel comme CORSIA pour l’aviation ou des programmes nationaux/régionaux dans lesquels une entreprise peut utiliser des crédits admissibles comme alternative rentable à une taxe ou à une allocation.
Dans le domaine du volontariat, les entreprises font également la distinction entre l‘action intégrée et l’action hors chaîne de valeur, principalement en fonction de la proximité avec la propre chaîne d’approvisionnement de l’entreprise.